“La guerre de Nancy n’a pas eu lieu” (Vent de Bure, 28-29 septembre 2019)

Nous sommes arrivés à Nancy la veille de la manif et en nous promenant dans le centre, nous avons eu la surprise de voir la ville se préparer à un ouragan. De toutes parts banques, compagnies d’assurance, certains magasins se barricadaient avec d’immenses planches de contreplaqué.

La une de l’édition du samedi de l’Est républicain nous a éclairé : ”Nancy en état de siège “.
Les messages alarmistes du préfet avaient fait leur effet !
Nous l’avons encore davantage compris lorsqu’on nous a dit que la préfecture avait contacté les commerçants pour leur conseiller de fermer leur magasin !

Ce samedi 28 septembre, prêts à manifester, nous n’étions pas rassurés  dans cette  ville morte, sans passants, sans voitures, les magasins fermés, barricadés, dans cette ville quadrillée par un nombre de forces de l’ordre considérable: 500 gendarmes pour 1500 manifestants attendus…
Nous avons été fouillés pour avoir le droit d’accéder au point de départ de la manif Place de la République ! Nous étions donc très tendus lorsque la manifestation a commencé à défiler. Mais celle-ci s’est révélée joyeuse, bon enfant, pacifiste comme l’est le mouvement anti-nucléaire.
Nous étions là pour contester la mise sous tutelle de toute une région condamnée par le lobby nucléaire  a devenir une poubelle radioactive.
Outre le fait que l’enfouissement est dangereux et irréversible, CIGEO va marquer très durablement  tout un territoire de son empreinte :
– Un site d’enfouissement à 500 m sous terre d’une surface de 15 km² et devant accueillir à terme environ 10 000 m3 de déchets HAVL (Haute Activité à Vie Longue) et 73 500 m3 de déchets MA-VL (Moyenne Activité à Vie Longue),
– Deux sites nucléaires en surface respectivement de 280 et 90 ha comprenant une zone de stockage intermédiaire qui accueillera les déchets le temps nécessaire à leur refroidissement et une usine de reconditionnement afin de compacter certains déchets dans leur format définitif de stockage,
– Des infrastructures de liaison, à savoir des puits verticaux pour acheminer le personnel et les engins de chantiers et une rampe d’accès, appelée « descenderie » pour enfouir les déchets radioactifs.
Les associations en lutte nous ont expliqué que peu à peu tout un réseau lié à l’industrie nucléaire se tissait dans la région.
En effet, il n’y a pas que CIGEO ! D’autres projets sont en cours comme l’installation possible d’une blanchisserie de linge radioactifs à Suzannecourt, près de Joinville en Haute-Marne, pas si loin que cela de Nancy et de Bure…
Les filières des lycées professionnels de la région se spécialiseraient de plus en plus dans des formations autour de l’activité nucléaire; pôle emploi orienterait  facilement les demandeurs d’emploi vers ce secteur et nous savons qu’avec la réforme récente, ceux ci n’auront plus beaucoup la possibilité de refuser…

Nous avons longuement défilé, sans aucune violence, ni d’un côté ni de l’autre et nous devons dire qu’il n’y a pas eu de provocation de la part des forces de l’ordre.
Pendant des heures, nous avons dénoncé pacifiquement le projet CIGEO, sa dangerosité et rappelé aux Nancéens que leur ville est sous “les vents de Bure” et qu’en cas de problèmes eux et leurs enfant seraient rapidement impactés.

L’est républicain a donc été obligé de titrer dimanche 29 septembre:”La guerre de Nancy n’a pas eu lieu”.

Mais quelle impression que de défiler dans une ville morte, métaphore peut être d’une catastrophe annoncée vers laquelle nous mène cette industrie mortifère !

Facebooktwitter
Fermer le menu