Les centrales nucléaires françaises les plus sures du monde, vraiment… ?

Le président de l’autorité de sureté nucléaire (ASN), Pierre Franck Chevet, que l’on peut difficilement taxer d’anti-nucléaire primaire, le dit lui-même : « … quels que soient les efforts pour la sûreté, un accident de type de Fukushima est possible en Europe …».

De la même manière le directeur de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (ISPN), Jacques Repussard, déclarait 3 mois après la catastrophe de Fukushima « qu’il fallait imaginer l’inimaginable ».
Et en France ? Outre la dangerosité propre à ce type de technologie du passé/dépassée, le vieillissement du parc nucléaire français est considéré comme la principale faille en raison de la vétusté et de la dégradation de certains équipements.
Malgré cela, sur les 58 réacteurs nucléaires français (réparties dans 19 centrales), 33 ont déjà plus de 30 ans et Ségolène Royal (ministre de l’environnement, faut-il le rappeler…) s’est prononcée favorablement en février 2016 pour l’extension de leur durée de vie de 40 à 50 ans, et pour un coût de 100 milliards d’Euros (voir rapport de la cour des comptes ici). C’est une décision irresponsable par rapport aux générations qui viennent.
La même Ségolène Royal qui dans son programme pour 2012 s’engageait à réduire la part du nucléaire à 50% en … 2017… : « … Je m’engage à augmenter la part des énergies renouvelables (avec un objectif de 20 % de la production primaire d’énergie en 2020), à réduire la dépendance aux énergies d’origine fossile et à ramener la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50 % d’ici 2017… »

  • Quelques exemples d’incidents dans les différents réacteurs :

    • une note interne d’EDF sur les générateurs diesel des centrales qui permettent de maintenir l’activité des réacteurs en cas de coupure électrique révélait que 44% des installations étaient dégradées et 13,2% dans un “état inacceptable”.
      Comme le dit Réseau sortir du nucléaire : “Ce constat est grave : ce sont ces générateurs qui, en cas de défaut d’alimentation électrique (en cas d’accident, séisme, mise à mal du réseau électrique…) sont censés fournir le courant nécessaire pour, pendant 15 jours, assurer les fonctions vitales de la centrale, dont le refroidissement du combustible nucléaire. A Fukushima, ces diesels avaient été noyés et la fusion du coeur s’en était suivie en quelques heures.

    • 31/03/2015 : L’accident « impossible », selon EDF, à la centrale de Paluel (Seine-Maritime), avec la chute d’un générateur de vapeur de 465 tonnes à l’intérieur de la centrale…

    • Les fissures multiples de la cuve de confinement du réacteur de Tricastin (voir ici et ici)

    • Les multiples incidents sur la construction de l’EPR de Flamanville :
      • 16/09/2016 – Flamanville : incident de soupapes provoquant l’arrêt du réacteur : lors d’essais sur des soupapes du réacteur nucléaire de la centrale de Flamanville (Manche), une soupape ne s’est pas refermée, entraînant un panache de fumées blanches et entrainant l’arrêt du réacteur.

      • 15/07/2016 – Flamanville : Risque de défaillance d’éléments importants pour la protection en cas de séisme
        (Concerne les centrales de Centrale nucléaire de Golfech, Blayais, Flamanville, Paluel, Penly, Nogent-sur-Seine, Gravelines, Cruas-Meysse, Saint-Alban, Bugey, Tricastin, Cattenom, Fessenheim, Belleville-sur-Loire, Dampierre-en-Burly, Saint-Laurent-des-Eaux, Chinon B)

      • 10/02/2016 – Flamanville : Non-respect des règles générales d’exploitation – réacteur 2
        Le 12 octobre 2015, EDF a déclaré à l’ASN un événement significatif relatif au non-respect des règles générales d’exploitation du réacteur 2 de la centrale de Flamanville à la suite d’une perte des alimentations électriques externes de ce réacteur.

      • 06/01/2016 – Flamanville : Non-conformités sur des citernes utilisées par EDF

      • 22/12/2015 – Flamanville : Le transformateur du réacteur 2 de la centrale est tombé en panne dans la nuit de lundi à mardi, mais n’a pu être réparé dans les délais réglementaires, le réacteur a donc été arrêté

      • 07/10/2015 – Flamanville : Défaut de qualité dans la réalisation d’activités de maintenance

      • Octobre 2015 – Flamanville : A la suite d’un contrôle effectué dans le cadre d’un arrêt de maintenance du réacteur N°2 de la centrale nucléaire de Flamanville (Manche), les équipes d’EDF se sont rendues compte qu’un joint d’un robinet thermostatique des pompes d’injection de sécurité avait non seulement été mal monté mais qu’il n’était par ailleurs pas le bon. Les ingénieurs d’EDF ont découvert par la suite que la même opération avait été conduite sur le réacteur N°1 de la centrale.

      • 08/09/2015 – Flamanville : Non-respect du volume minimal d’eau contenu dans le réservoir du système de refroidissement et de purification de l’eau des piscines


      • 07/04/2015 – Flamanville : Areva a informé l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) d’une anomalie de la composition de l’acier (trop forte concentration en carbone) dans certaines zones du couvercle et du fond de la cuve du réacteur.

        Le problème se situe dans la cuve où se produit la fission des atomes et qui constitue, aussi, la seconde barrière de confinement de la radioactivité, après la double enceinte de béton du bâtiment du réacteur.
        Ce problème gravissime est connu depuis 2006 par l’ASN, voir ici.
        La technologie nucléaire, fleuron de l’industrie française ? Pas vraiment. Areva ne sait pas fabriquer la cuve du nouveau réacteur EPR, en cours de construction à Flamanville. Cette pièce cruciale d’une centrale nucléaire a été fabriquée à 80% … au Japon, dont 13 cuves de leurs 42 réacteurs sont construites en partie par le même fabricant (Japan Casting & Forging Corp.) que celle de Flamanville, voir ici. EDF reconnait que 18 réacteurs français pourraient avoir le même problème…
        La cuve est désormais soudée aux tuyauteries du circuit primaire, son remplacement augmentera encore plus la facture et le retard de la mise en production, dans l’hypothèse de plus en plus improbable ou cet EPR fonctionne un jour !
        Encore plus grave, il y a eu des falsifications de documents (voir dossier complet ici): des certificats de sûreté ont été falsifiés en masse pour cacher des valeurs hors normes quand les résultats obtenus ne satisfaisaient pas au contrôle qualité!
        Suivant les propos de l’ASN : « … irrégularités dans le contrôle de fabrication d’environ 400 pièces produites depuis 1965, dont une cinquantaine seraient en service sur le parc électronucléaire français » ou encore « … des incohérences, des modifications ou des omissions dans les dossiers de fabrication portant sur des paramètres de fabrication ou des résultats d’essais … »
        Cette falsification de documents n’est pas la 1ère, ainsi que le montre une information de l’ASN


      • 26/03/2015 – Flamanville : défaut de serrage
      • 19/01/2015 – Flamanville : Anomalie générique : non tenue au séisme de certains robinets
      • 19/12/2014 – Flamanville : Risque d’indisponibilité du turbo-alternateur de secours
        Concerne les centrales nucléaires de Belleville-sur-Loire, Cattenom, Chooz B, Civaux, Flamanville, Golfech, Nogent-sur-Seine, Paluel, Penly ,Saint-Alban

      • Flamanville : Dès le début des travaux en 2008, l’ASN signale des fissures, des « malfaçons » ou encore des « anomalies » dans les opérations de bétonnage, de ferraillage et de soudure pouvant « porter préjudice à la qualité des structures », voir détail ici

      Articles de presse :

     

  • 09/04/2014 – Fessenheim : une inondation interne dans la partie non nucléaire de l’installation a endommagé des systèmes électriques de sauvegarde et conduit à la mise à l’arrêt du réacteur.
    Cet incident a été sous-évalué par l’ASN, ainsi que le dénonce les médias Allemands, voir les détails ici, sur l’édition du Monde du 4/03/2016.
    La Süddeutsche Zeitung fait état « d’une suite de défaillances techniques et de chaos », qui aurait conduit à ce que le réacteur ne soit « temporairement plus contrôlable »
    La ministre de l’environnement allemande, Barbara Hendricks, a aussitôt réagi en déclarant que Fessenheim, frontalière de son pays, « devait être fermée le plus vite possible ». Une demande déjà formulée à plusieurs reprises par le passé.

  • Etc, etc, …

  • Coûts économiques qui explosent :

    Outre ces « incidents », la facture de ce gigantesque gâchis a plus que triplé : on est passé d’une facture initiale de 3 milliards d’euros à plus de 10 milliards ! Initialement prévu en 2012, il ne devrait pas entrer en activité avant 2018, si jamais il n’est pas purement et simplement abandonné ! Pour faire baisser la facture, le chantier a massivement recours à la sous-traitance, rognant un peu plus sur les conditions de sécurité et de compétence du personnel.
    En 2011, l’ASN dénonçait « un manque de compétences, de formation à la culture de sûreté des intervenants » et des « lacunes d’EDF dans la surveillance des sous-traitants ». Et si la cuve de Flamanville doit être changée, c’est la pérennité même de l’entreprise qui sera menacée.
    Outre l’EPR de Flamanville, EDF s’embourbe également en Angleterre (EPR d’Hinkey Point : un projet à près de 24 milliards d’euros qui, d’après l’ex-directeur financier du groupe, Thomas Piquemal risque de compromettre la situation financière d’EDF) et en Finlande (catastrophe financière et industrielle, dont la facture est passée de 3,5 à 8 milliards d’euros, fin du chantier initialement prévue en 2009…).
    A cela s’ajoute les travaux de modernisation des 58 réacteurs français pour un coût estimé par la cour des comptes à 100 milliards d’euros !

  • Areva démantelé avant les centrales !

    Le démantèlement d’Areva va commencer : On démantèlera Areva bien avant les centrales nucléaires que le groupe a contribué à construire avec EDF. Au bord de la faillite depuis l’annonce d’une perte record de 5 milliards d’euros il y a un an, le champion déchu de l’atome va se diviser en trois entités avant la fin de l’année, a annoncé sa direction ce mercredi. Objectif : sauver ce qui peut l’être, avec le concours financier de l’Etat et le possible renfort d’investisseurs chinois et japonais…. lire l’article complet de Libération du 15/06/2016 ici

  • Danger d’attaques terroristes :

    Quand Greenpeace est rentré dans la centrale de Tricastin, ils n’ont rencontré personne …car les gendarmes normalement prévus avaient été appelé en renfort pour assurer la sécurité du…tour de France… !

  • Nos voisins européens sont à juste titre inquiets :

    L’Allemagne, la Suisse ou encore le Luxembourg ont formulé, de vives critiques envers les installations nucléaires françaises.

    • Sorti fin février, un rapport du groupe des Verts du Parlement européen, rédigé par l’ingénieur nucléaire allemand Manfred Mertins, pointe les graves lacunes de la centrale de Cattenom âgée de 29 ans, en Moselle, au regard des normes internationales.
    • Le Luxembourg, de son côté, a demandé récemment à la France l’application stricte de la directive Euratom du 5 décembre 2013, établie après la catastrophe de Fukushima, qui fixe les normes en matière de radioprotection. A ce titre, le Duché a saisi la Commission européenne pour avis, alors que la France à jusqu’à janvier 2018 pour traduire dans les faits les mesures édictées par la directive.
    • Une plainte a été déposée contre X par le Canton et la Ville de Genève et vise des faits de “mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux”, pour la centrale du Bugey (une centrale pour laquelle aucune “étude d’impacts” n’a été réalisée lors de sa construction concernant les risques sismiques et d’inondations notamment, a notamment dénoncé l’ancienne ministre de l’Environnement et avocate Corinne Lepage, qui défend le canton dans ce dossier)
  •  

    Mais dormez tranquille, citoyennes et citoyens, nous avons en France une industrie nucléaire «à la pointe de la technologie», que «le monde entier nous envie», surveillée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire «la plus compétente et la plus stricte qui soit »…
    La réalité : un parc nucléaire en véritable état de délabrement, des dizaines de réacteurs contenant un nombre inconnu de pièces défectueuses, une Autorité de sûreté prise en flagrant délit d’incompétence ou de complicité !

    EDF et AREVA (rip…) nous prépare un avenir radieux !

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