Les réacteurs nucléaires ont redémarré au détriment de la sûreté

Voir l’article de Reporterre ici

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En raison de la vague de froid, la demande d’électricité est à son maximum, justifiant selon EDF, le redémarrage sans tarder de réacteurs inspectés par l’Autorité de sûreté du nucléaire. L’association l’Observatoire du nucléaire s’inquiète de cette célérité, selon elle au détriment de la sûreté. Elle a saisi la justice pour invalider trois remises en marche.

Reporterre a actualisé sa carte du parc nucléaire, détaillant la situation centrale par centrale.

La carte est DISPONIBLE ICI

Pour faire face à la vague de froid, a-t-on redémarré certains réacteurs nucléaires trop vite, faisant fi de la sûreté ? Météo France annonce – 6,4°C en moyenne ce mercredi en France métropolitaine, et le pic de 19 h devrait nécessiter l’appel d’une puissance de 95.000 mégawatts.

La demande en électricité est à son maximum, alors que cinq réacteurs nucléaires sont toujours à l’arrêt, contre un seul l’an dernier à la même période. Déjà en novembre, Réseau de transport d’électricité (RTE), qui est chargé d’assurer la fourniture de l’énergie en France, avertissait que la pointe serait « plus délicate à assurer que lors des hivers précédents, en raison de l’indisponibilité de plusieurs sites de production ».

En effet, de multiples arrêts de réacteurs nucléaires ont dû être programmés au cours de l’année 2016, après la révélation en avril, puis en juillet, de dizaines d’anomalies dans la conception des pièces équipant les réacteurs nucléaires. Reporterre vous a relaté en détail toute l’affaire. Après contrôle, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) autorise EDF à redémarrer les réacteurs les uns après les autres.

« Un accident de type Fukushima est possible »

« Mais il y a eu des pressions sur l’ASN. Voyant venir la vague de froid, EDF a fait tout son possible pour faire redémarrer ses réacteurs le plus vite possible », dénonce Stéphane Lhomme, directeur de l’association Observatoire du nucléaire. Pour lui, les conditions de sûreté ne sont pas réunies et « un accident de type Fukushima est possible ».

C’est pourquoi son association a demandé à la justice de suspendre trois des autorisations de redémarrage de l’ASN, pour les réacteurs Dampierre 3, Gravelines 2 et Tricastin 3. Pourquoi ces trois-là ? « Parce que ce sont les premiers qui ont été autorisés à redémarrer », explique Stéphane Lhomme. Les référés-suspension ont été examinés par le Conseil d’État vendredi 13 janvier, qui devrait donner sa décision au plus tard ce mercredi. (la réponse à été donnée par le Conseil d’état le 18/01/2017, voir ici)

Les pièces sur lesquelles des malfaçons ont été découvertes sont les générateurs de vapeur, situés dans le bâtiment réacteur. Pour ces pièces, l’IRSN (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) explique qu’il y a « exclusion de rupture » : c’est-à-dire que les conséquences de leur défaillance seraient tellement grandes qu’elle n’est même pas prise en compte dans les scénarios de sûreté nucléaire.

« En particulier, l’acier des pièces proches du réacteur doit pouvoir résister à des chocs thermiques violents. À tout moment, on peut avoir besoin de déverser de l’eau froide sur les générateurs de vapeur », explique Stéphane Lhomme. Or, des concentrations de carbone anormales ont été repérées dans les cuves en acier des générateurs, les rendant potentiellement plus fragiles que prévu. La concentration maximale recommandée par l’ASN est de 0,22 %, alors que les contrôles ont montré que certaines zones dans les cuves présentaient une concentration allant jusqu’à 0,39 %. Pour l’Observatoire du nucléaire, les autorisations de l’ASN au redémarrage des réacteurs ne respectent donc pas son propre règlement, et violent le principe de précaution. Ce sont les raisons qui ont été invoquées devant le Conseil d’État.

Pour leur défense, l’ASN et EDF rappellent que les 0,22 % recommandés ne sont pas inscrits dans le droit, qui n’est donc pas enfreint. Surtout, selon eux le risque n’est pas si élevé que le craint l’Observatoire du nucléaire. « La rupture brutale [de l’acier] intervient en cas d’apparition simultanée de trois paramètres », indique l’ASN dans son mémoire, que Reporterre a consulté, au Conseil d’État : un matériau d’une « ténacité insuffisante », une fissure dans ce matériau et un choc thermique. La fragilité des cuves d’acier n’est donc pas dangereuse à elle seule, estime l’ASN.

« C’est du bricolage ! »

Et puis, le redémarrage des réacteurs est autorisé moyennant quelques précautions, appelées « mesures compensatoires ». Tout est fait désormais pour éviter les chocs thermiques, nous rassure l’autorité. Le fonctionnement des pompes susceptibles de déverser de l’eau brusquement sur le réacteur est par exemple modifié, les variations de température lors des démarrages et arrêts du réacteur sont limitées, etc.

« C’est du bricolage ! s’inquiète Stéphane Lhomme. Au départ, on sait que l’on peut avoir besoin de déverser de l’eau en urgence à tout moment, donc on a prévu un acier qui résiste aux chocs thermiques. Désormais, comme on n’est plus sûr qu’il résiste, on inverse et on fait tout pour les éviter. C’est faire comme si on constatait que les freins de la voiture sont usés, et qu’on décidait que désormais ce sera aux autres conducteurs de faire attention pour éviter d’avoir à freiner brutalement ! »

Autre inquiétude, comme l’ASN l’indique dans son mémoire, ces « mesures compensatoires » sont devenues « des mesures d’exploitation à part entière ». Autrement dit, « ils veulent continuer comme cela pendant des années, traduit Stéphane Lhomme. Or, la résistance de ces pièces va continuer de se dégrader, car elles sont continuellement soumises aux radiations et chocs thermiques. »

C’est pourquoi, selon Stéphane Lhomme, la décision de redémarrer les réacteurs aurait au moins valu « un débat national pour poser la question : les mesures de sûreté nucléaire sont-elles facultatives quand il fait froid ? »

Dans son mémoire, que Reporterre a consulté, au tribunal, EDF reconnaît avoir déjà donné sa réponse : l’arrêt des réacteurs présentant des malfaçons « en période de froid hivernal, où les besoins en production d’électricité sont accrus, poserait de graves problèmes pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique ».

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Recours de l’Observatoire du nucléaire contre la relance des réacteurs

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La demande d’annulation par l’observatoire du nucléaire du redémarrage des réacteurs nucléaires Dampierre3, Gravelines2 et Tricastin3 a été déclaré recevable par le conseil d’état, et sera examinée le vendredi 13 janvier 2017 à 10h.

Ces réacteurs figurent parmi les 18 devant être contrôlés après la détection d’une concentration excessive en carbone (1) dans l’acier de leurs générateurs de vapeur (2), susceptible de rompre et de causer une catastrophe nucléaire (dans les démonstrations de sûreté la rupture de la cuve ou d’un générateur de vapeur est dite « exclue », ce qui signifie… qu’il ne faut surtout pas qu’elle se produise : il n’y a alors aucune parade possible et c’est la perspective d’une catastrophe qui peut être de la gravité de celles de Tchernobyl et Fukushima.)

Une douzaine de réacteurs sont actuellement arrêtés pour vérifications (3) or, sous la pression d’EDF qui est obligée d’importer de grandes quantités d’électricité, l’ASN autorise de façon irresponsable la remise en marche de ces réacteurs.

Le réacteur Dampierre 3 a été relancé le 21/12/2016, et la remise en service des réacteurs Tricastin 3 et Gravelines 2 avait été annoncée pour le 23/12/2016.
Or l’ASN ne publie pas les autorisations de remise en route, ce qui a pour effet d’empêcher qu’elles soient contestées en justice : de toute évidence, l’ASN protège les intérêts industriels avant la sûreté des citoyens, et bafoue les droits de ces derniers en les empêchant d’exercer les recours qu’ils ont pourtant le droit de lancer.
L’Observatoire du nucléaire, qui veut contester en justice les autorisations de relance des réacteurs, dénonce le jeu de l’ASN et exige la publication des autorisations dès qu’elles sont signées, afin que les recours légitimes puissent être mis en oeuvre.

Article complet de l’observatoire du nucléaire ici
Europe 1 – 23/12/216 : “Redémarrage de réacteurs nucléaires : le Conseil d’Etat saisi d’une demande d’annulation
Le monde – 18/10/2016 : “Un tiers du parc nucléaire d’EDF est à l’arrêt
Réacteur EPR : les graves défauts reconnus en avril 2015 étaient-ils connus avant la pose des cuves à Flamanville et Taishan (Chine) ?

(1) : ce même défaut avait été mis en évidence sur la cuve de l’EPR de Flamanville
(2) : un générateur de vapeur dans un réacteur nucléaire est un échangeur thermique qui produit la vapeur envoyée dans le turbo-alternateur générant l’électricité
(3) : « Ces douze réacteurs sont équipés de générateurs de vapeur forgés au Japon, sur lesquels de premières analyses font état de concentrations en carbone plus élevées que sur les autres » : Olivier Gupta, directeur général de l’ASN.

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Les centrales nucléaires françaises les plus sures du monde, vraiment… ?

Le président de l’autorité de sureté nucléaire (ASN), Pierre Franck Chevet, que l’on peut difficilement taxer d’anti-nucléaire primaire, le dit lui-même : « … quels que soient les efforts pour la sûreté, un accident de type de Fukushima est possible en Europe …».

De la même manière le directeur de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (ISPN), Jacques Repussard, déclarait 3 mois après la catastrophe de Fukushima « qu’il fallait imaginer l’inimaginable ».
Et en France ? Outre la dangerosité propre à ce type de technologie du passé/dépassée, le vieillissement du parc nucléaire français est considéré comme la principale faille en raison de la vétusté et de la dégradation de certains équipements.
Malgré cela, sur les 58 réacteurs nucléaires français (réparties dans 19 centrales), 33 ont déjà plus de 30 ans et Ségolène Royal (ministre de l’environnement, faut-il le rappeler…) s’est prononcée favorablement en février 2016 pour l’extension de leur durée de vie de 40 à 50 ans, et pour un coût de 100 milliards d’Euros (voir rapport de la cour des comptes ici). C’est une décision irresponsable par rapport aux générations qui viennent.
La même Ségolène Royal qui dans son programme pour 2012 s’engageait à réduire la part du nucléaire à 50% en … 2017… : « … Je m’engage à augmenter la part des énergies renouvelables (avec un objectif de 20 % de la production primaire d’énergie en 2020), à réduire la dépendance aux énergies d’origine fossile et à ramener la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50 % d’ici 2017… »

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