L’EPR : le nucléaire c’est cher et ça ne fonctionne pas – France Culture

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Source : émission “Superfail” de France Culture du 4 novembre 2019

Sorte de réplique moderne du tonneau des Danaïdes, l’EPR de Flamanville, dans le département de la Manche, fait à nouveau parler de lui : entre retards de chantier (livraison prévue en 2010, “potentiellement promise” maintenant en 2022) et surcoûts (de trois milliards estimés, on dépasserait aujourd’hui les 12 milliards), reste-t-il, finalement, un avenir pour ce qui était vendu, à la fin des années 90 (1998-2000) comme la nouvelle merveille du genre ?

La France s’est lancée dans l’aventure de l’EPR en 2007, en démarrant le chantier de Flamanville, dans la Manche. Il devait être achevé en 2012, pour 3,5 milliards d’euros. Mais les contretemps techniques et retards se sont accumulés. Le rapport de Jean-Martin Folz, remis le 28 octobre dernier, le démontre. Aujourd’hui, un nouveau scénario est même évoqué : l’arrêt pur et simple du chantier. Comment en est-on arrivé là ?

Bernard Laponche, polytechnicien et physicien nucléaire qui représente l’association Global Chance revient sur la genèse du projet présenté à la fin des années 90 (1998-2000). À cette période, l’EPR de Flamanville était “vendu” comme la nouvelle merveille dans le domaine du nucléaire, c’est à dire ce que l’on pouvait faire de mieux en la matière, en réunissant les propriétés du meilleur réacteur nucléaire français de l’époque et du meilleur réacteur allemand. Déjà très difficile de combiner deux techniques qui sont assez proches mais quand même assez différentes et d’en faire quelque chose d’extraordinaire. Alors, tout le monde a accueilli avec enthousiasme l’EPR d’autant plus qu’il répondait à un certain nombre de modifications techniques et de sûreté : il était plus puissant que les précédents, beaucoup plus complexe et moins cher. Et il devait être construit en cinq ans, record mondial à la fois sur le plan technique, de la sûreté, sur le plan du coût et de la rapidité. Et d’autres pays se sont lancés dans le projet.

Et pourtant, Bernard Laponche nous explique que, dès le début, ça a été une catastrophe ! Même le béton, qui pourtant n’est pas du nucléaire, “on fait du béton partout”, le béton a été loupé et il a fallu quatre ans, en gros, pour le réussir… Après, ça a été les soudures et les problèmes sont arrivés dès le début. Si effectivement, au niveau du béton, ce n’est pas trop compliqué, en revanche, pour les soudures, Bernard Laponche nous confirme c’est une autre affaire, quoi que :

Effectivement, ce sont des soudures d’acier, de tuyauteries qui sont certes épaisses mais ce n’est pas la première fois qu’il y a des tuyauteries de ce type… la cuve, par exemple, du réacteur a des soudures… sur les tuyaux du circuit primaire, il y a des soudures… et tout d’un coup, on s’aperçoit dès le début des premiers ennuis. D’abord sur l’enveloppe en acier à l’intérieur de l’enceinte de confinement, il existe des problème de soudures. Il faut les refaire. Après il y a eu des problème sur ce que l’on appelle les consoles qui tiennent le pont roulant, et de devoir refaire toutes les consoles… et on arrive à cette histoire de soudures de pièces très importantes du circuit secondaire… et au fur et à mesure, l’autorité de sûreté nucléaire disait “non, ça ne va pas, il faut refaire”. Et quand vous refaites, vous perdez du temps… Bernard Laponche

Invité : Bernard Laponche, polytechnicien, physicien nucléaire. Né en 1938, Bernard Laponche est consultant international dans les domaines de l’énergie et de l’efficacité énergétique et membre des associations Global Chance et Énergie Partagée.

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