Rapport Folz sur Flamanville : “La construction de l’EPR de Flamanville ne peut être considérée que comme un échec pour EDF”

Suite au fiasco des EPR de Flamanville, Hinkley Point (Angleterre) et Olkiluoto (Finlande), le gouvernement Macron s’est senti obligé de “gronder” EDF, tout en lui demandant dans le même temps de préparer la construction de 6 nouveaux EPR en France.
La construction des EPR est un fiasco, mais vous m’en remettez 6 comme celui-là” : c’est un peu la position du gouvernement !

Mais pour faire semblant de maitriser les choses, le ministre Bruno Le Maire a demandé à Jean-Martin Folz (ex patron de PSA) un rapport sur (raisons indiqués dans la lettre de Jean Bernard Levy – patron d’EDF – à Jean Martin Folz) :

  • les raisons qui avaient conduit au choix de l’EPR au moment du lancement de ce programme
  • les causes des retards successifs pour la réalisation de l’EPR de Flamanville
  • les écarts constatés entre les prévisions initiales des coûts de réalisation et des coûts à terminaison tels que prévus aujourd’hui
  • les responsabilités des différentes parties impliquées dans le chantier

Quelques extraits édifiant de ce rapport :
Une estimation initiale irréaliste

Le délai de construction de 54 mois initialement annoncé apparaît quant à lui totalement déconnecté des dernières
expériences d’EDF

En conclusion , et s’il est d’usage de considérer que les estimations initiales d’un grand projet sont souvent affectées d’un «biais d’optimisme» , celles effectuées pour la construction de l’EPR de Flamanville doivent être qualifiées , au mieux , d’irréalistes .

Il reconnait que l’EPR n’est pas un “nouveau” réacteur :

Sur le plan technologique par contre , il n’y a pas à proprement parler d’innovation

Une gouvernance de projet inappropriée

Le vocabulaire utilisé par EDF au lancement et pendant les premières années du projet « architecte-ensemblier , commanditaire , pilote stratégique , pilote opérationnel ,…. » masque une confusion entre les rôles majeurs dans la gestion d’un projet , maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’oeuvre

on ne trouve pas dans le projet de Flamanville un maître d’ouvrage bien identifié

il n’y a pas de «chef de projet » clairement identifié

Des équipes de projet à la peine

les outils et les méthodes de management indispensables au management d’un projet de cette envergure n’ont pas été mis en place

EDF semble avoir ignoré certaines des bonnes pratiques en vigueur dans d’autres secteurs

les responsables du projet ont longtemps été dans le déni puis n’ont pu que repousser au rythme des mauvaises nouvelles la date espérée de mise en service tout en s’efforçant toujours de minimiser le retard annoncé

la direction du projet a été progressivement conduite à ne plus gérer que par un planning en permanente modification , … , au risque d’affecter la cohérence et la bonne organisation du chantier.

Une organisation complexe des ressources d’ingénierie

Par ailleurs l’allotissement des contrats confie des sous-ensembles importants à des fournisseurs de premier rang qui se voient ainsi confier des rôles de maîtrise d’oeuvre déléguée et donc les responsabilités correspondantes d’ingénierie et de contrôle de leurs sous-traitants sans en avoir toujours toutes les compétences requises.

Cette structure complexe ne pouvait que générer des interfaces nombreux , … et entraînant parfois des incohérences avec leurs conséquences négatives sur le chantier.

Des études insuffisamment avancées au lancement

les études de sûreté , d’incendie , d’agressions , de qualification des matériels peu engagées

Alors que la direction du projet considérait à l’époque que 40 % des études seraient réalisées au 1er béton fin 2007 , donc 3 millions d’heures de reste à faire sur un total prévu de 5 , les dernières prévisions dépassent très largement 20 millions d’heures ….

Le retard initial dans les études de design détaillé , la prise en compte tardive des retours des ingénieries des fournisseurs , l’avancement progressif des études de sûreté et les aléas de chantier ont généré un nombre de modifications qui n’a cessé de croître pour atteindre quelque 4500 !

L’immaturité des études au lancement et les mesures de correction tardives qu’elle a entraînées auront ainsi contribué très significativement aux dérives du calendrier du projet

Problème de la cuve

les travaux de soudage des adaptateurs du couvercle s’avèrent de mauvaise qualité et en novembre 2010 Areva détecte des défauts sur 80 % des soudures

… campagne de qualification technique du couvercle décidée en 2011 mais celle-ci débouche à la fin de 2014 sur la découverte d’une anomalie (ségrégation du carbone) … alors même que la cuve a été introduite dans le bâtiment réacteur …
pour aboutir à un avis de l’autorité de sûreté en octobre 2017 autorisant la mise en service du couvercle avec une limitation de durée de vie à 2024 (la mise en service de l’EPR était alors prévue en 2019)

A noter que la date de mise en service de l’EPR vient d’être repoussée à 2023 (dans le meilleur des cas !), et la durée de vie du couvercle se termine en 2024 : 1 an après sa mise en service, il faudra donc changer le couvercle de la cuve….
Des relations insatisfaisantes avec les entreprises

Un projet de l’ampleur et de la complexité de l’EPR de Flamanville aurait nécessité une collaboration confiante entre le maître d’oeuvre et les entreprises : cela n’a pas été le cas général.

Ces grands intervenants se sont vus confier des lots importants impliquant de nombreuses sous-traitances … Ces transferts de responsabilité favorables dans leur principe , ont dans certains cas causé des difficultés importantes : entreprises maîtrisant mal certaines disciplines techniques du lot qui leur était attribué ou peinant à assurer des maîtrises d’oeuvre dans des secteurs nouveaux pour elles , lacunes dans les spécifications transmises aux sous-traitants et dans le contrôle de leurs réalisations ,…

Une perte de compétences généralisée

il n’est pas surprenant de constater une perte de compétence certaine de la plupart des acteurs concernés , tant du fait du départ en retraite de spécialistes confirmés que du défaut d’entretien des expertises et savoir-faire inutilisés.

Chez EDF d’abord, les capacités de maîtrise d’oeuvre d’un grand projet ont été pour le moins érodées

le même constat peut être fait sur l’aptitude à gérer un très gros chantier et sur la compétence technique des bureaux d’études ; ces derniers paraissent dans plusieurs cas s’être coupés des réalités du monde industriel en émettant des spécifications irréalisables

Mention particulière doit être faite des usines de Framatome et en particulier de celle de Chalon Saint-Marcel dont la longue période de sous-activité aura entraîné une profonde dégradation du savoir-faire malheureusement illustrée par une désolante succession d’incidents majeurs.

Ce sombre inventaire des pertes de compétence ne saurait s’achever sans réserver une mention spéciale à la faiblesse
des ressources et talents en technique et réalisation de soudage.

les très nombreux incidents et malfaçons observés illustrent tant un certain manque de compétence des entreprises concernées que de vraies pénuries de soudeurs qualifiés.

Conclusion

La construction de l’EPR de Flamanville aura accumulé tant de surcoûts et de délais qu’elle ne peut être considérée que comme un échec pour EDF

Enfin force est de constater que c’est une bonne part du tissu industriel de la « filière nucléaire »  qui a montré de réelles insuffisances au cours de la construction de l’EPR de Flamanville

 

Au vu de ce rapport, on s’attendrait avec raison à ce que le rapporteur conseille à l’état d’arrêter le projet !
Mais non, sa conclusion, dictée par EDF et le gouvernement, est de continuer !
Tout ce qu’il y a dans ce rapport, sans compter ce qu’il n’y a pas, est connu depuis longtemps, et Bruno Le Maire fait semblant de le découvrir et “gronde” EDF…mais lui demande dans le même temps d’envisager la construction de 6 EPR !

Rapport complet ici

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