L’EPR de Flamanville recherche plombiers qualifiés

publié le 05 janvier 2022

Après les problèmes de soudures, des problèmes de piquages pour le réacteur nucléaire de Flamanville

qu’est ce qu’un piquage ? : en plomberie, un piquage est une partie de tuyauterie qui se raccorde à une autre partie de tuyauterie ou à un récipient.
En ce qui concerne Flamanville, les piquages concernées permettent de connecter le circuit primaire, qui contient l’eau qui permet de refroidir le cœur du réacteur et de transférer l’énergie issue de la réaction nucléaire aux générateurs de vapeur, et plusieurs circuits auxiliaires.

En 2006, EDF avait fait évoluer la conception de 3 piquages en élargissant le diamètre de la soudure pour mieux la contrôler.
Mais cette évolution a été faite sans se rendre compte qu’en cas de rupture de cette soudure, la taille de la brèche serait supérieure à celle considérée dans les études de sûreté.

Cet écart de conception n’a été identifié par EDF et Framatome qu’en 2013 (7 ans après), alors que les tuyauteries avaient déjà été fabriquées.

EDF a déclaré le 3 mars 2021 (15 ans après l’évolution de conception) un “évènement significatif relatif à un écart de conception concernant trois piquages du circuit primaire principal”  à l’Autorité de Sécurité Nucléaire.
Ces soudures ne respectent pas “les exigences de la démarche d’exclusion de rupture”  selon la déclaration de EDF elle-même : leurs ruptures doivent être considérées comme devant être complètement exclue sous peine d’un accident grave.

L’ASN a alors demandé à EDF d’identifier les causes de cet écart et les raisons de sa détection tardive. L’électricien est également sommé de lui indiquer sa « stratégie de traitement » du problème et de « mettre en œuvre les actions correctives qui devront notamment permettre de s’assurer de l’absence d’autres écarts sur le circuit primaire principal ».

Trois options sont possibles : consolider le piquage avec des colliers de maintien, couper et remplacer les tronçons en question, ou enfin réparer les soudures.

Pour tenir les délais (qui ont déjà explosés !) seule la 1ère solution est envisagée par EDF, mais c’est l’option la moins sure.
Au mépris de la sécurité, l’ASN accepte alors qu’EDF se passe de certains dispositifs de sécurité essentiels en déclarant “acceptable” la solution d’EDF pour réparer les 3 soudures sur le circuit primaire de l’EPR.
Cette solution consiste à poser un collier autour de chacun des piquages concernés, en gros cela consiste à rajouter un bout de métal en espérant qu’il tiendra le coup…
Une telle réparation, ou plus exactement un rafistolage, n’aurait pas été accepté si les règles de sécurité n’avaient pas été abaissées. Ce qui était interdit est devenu “acceptable”, et on ne parle pas ici d’une chaudière individuelle, mais de réacteurs nucléaires !

Piquages de connection entre le circuit primaire et plusieurs circuits secondaires

Soudures défectueuses dans l'enceinte de confinement

Et dans le même temps, EDF doit gérer le problèmes des 8 soudures situées dans l’épaisseur de l’enceinte de confinement du réacteur de l’EPR, qui compte parmi les 66 soudures à reprendre.

Ces soudures sont situées sur les tuyauteries qui évacuent hors de l’enceinte du réacteur la vapeur d’eau sous pression qui est produite par les générateurs de vapeur. Ceux-ci sont d’énormes pièces d’acier dans lesquelles sont réalisés les échanges de chaleur entre le circuit primaire (l’eau sous pression au contact du combustible nucléaire) et le circuit secondaire (la vapeur qui s’en va vers la turbine).

Soudures défectueuses dans l'épaisseur de l'enceinte de confinement

Dans un premier temps, EDF a tenté de persuader l’ASN que les soudures pourraient tenir le coup.
L’ASN à demandé à l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) une expertise,  sa réponse a été sans appel : EDF devrait, plutôt que rechercher à justifier une acceptabilité en l’état, procéder à la remise en conformité des soudures concernées.
Selon l’IRSN, le programme d’essais mécaniques imaginé par EDF ne pourrait pas reproduire les contraintes auxquelles seront soumises les tuyauteries de l’EPR quand l’installation sera en fonctionnement. L’IRSN relève également un problème de vieillissement non contrôlé des soudures en question.

tweet de l'ASN du 20 juin 2019

EDF propose alors de réparer les soudures … après la mise en service de l’EPR ! réponse de l’ASN négative.

EDF propose une autre solution : faire effectuer les réparations par des robots, cette fois l’ASN donne son accord.

La suite au prochain numéro…

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