Imaginer l’inimaginable

publié le 13 février 2022

Le 30 mars 2011, deux semaines après la catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011, André-Claude Lacoste, président de  l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN) déclarait “On ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident grave en France” (Le Monde – 30 mars 2011)
Trois mois après la catastrophe de Fukushima, Jacques Repussard, directeur de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) admettait qu’il faut “imaginer l’inimaginable” (Le Figaro – 17 juin 2011).

Cette catastrophe de Fukushima a ébranlé les certitudes des pro nucléaires. Elle a remis en question la sûreté des installations nucléaires au niveau mondial. En France, les autorités se sont donné 10 ans pour tirer toutes les leçons de cet accident impensé jusqu’alors et pour mettre le parc nucléaire à l’abri de ce type de scénario catastrophe.

Le parc nucléaire français ne sera pas à niveau avant 2040 au mieux

Sur la base des données disponibles et d’informations transmises par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Greenpeace France a analysé, avec l’appui de l’Institut négaWatt, la réalité des mesures mises en œuvre pour mettre le parc nucléaire français aux normes post Fukushima.

Le constat est sans appel : aucun réacteur en fonctionnement n’est à niveau.
Dix ans après la catastrophe, sur 23 mesures structurantes identifiées, seules 12 ont été mises en place sur l’ensemble du parc. Pire, au rythme actuellement prévu, il faudrait attendre 2040 pour que les normes post Fukushima soient enfin respectées sur l’ensemble des réacteurs français.

Après Three Mile Island et Tchernobyl, Fukushima a été le 3ème accident grave en environ 30 ans.
Le mythe d’un nucléaire jugé théoriquement « sûr » s’est écroulé en se heurtant au monde réel.

Des situations exclues jusqu’alors ont conduit à imaginer l’inimaginable.

L’autorité de sureté nucléaire annonce alors un délai de 10 ans pour mettre en œuvre l’ensemble des mesures nécessaires (voir le détail ici)

Dix ans après Fukushima, GreenPeace a confronté les préconisations de l’ASN à la réalité : le constat est accablant. Seulement la moitié des modifications essentielles ont été mises en place sur l’ensemble du parc nucléaire français, aucun réacteur actuellement en fonctionnement en France n’est aujourd’hui aux normes post Fukushima.
Par exemple, l’arrêt automatique du réacteur en cas de séisme, que l’ASN déclarait en 2017 réalisé pour l’ensemble du parc, ne sera pas achevé avant 2035 au mieux.

Sur la base des données disponibles publiquement et des réponses fournies par l’ASN, le parc nucléaire français ne sera pas aux normes post Fukushima avant au mieux 2040, soit avec un retard de presque 20 ans.
A titre d’exemple, les réacteurs de Nogent-sur-Seine proches de Paris ou de Paluel proches du Havre ne seront pas complètement aux normes avant respectivement octobre 2035 et juillet 2039.

En attendant :

Pour les non croyants, il faut croiser les doigts ou/et trouver des trèfles à 4 feuilles

Pour les croyants mettre des cierges pour espérer qu’une catastrophe n’arrive pas avant

Dans tout les cas, et de manière plus efficace, ne pas mettre dans l’urne les 10 et 24 avril 2022 un bulletin de vote pro nucléaire, voir ici les positions des candidat.es.

Un glissement de calendrier dangereux et peu transparent : quand l’ASN n’impose pas mais compose avec les manquements d’EDF

Le calendrier des réexamens décennaux [1] s’est discrètement substitué à l’échéancier initial. Dès 2014, le plan d’action national de l’ASN fait apparaître trois phases, dont la troisième s’étend après 2019 : il s’agit déjà d’un renoncement inavoué à l’objectif initial d’une mise en œuvre en 10 ans.
La perspective de faire de la réalisation des travaux post Fukushima une condition préalable à la prolongation du fonctionnement des réacteurs au-delà de 40 ans a été abandonnée à son tour.
Ce glissement de calendrier continue de s’opérer sans transparence [2] et en l’absence de réel contrôle démocratique. Il expose pourtant la population française à des risques connus pendant une longue période, d’autant plus que le parc nucléaire est vieillissant et que son niveau de conformité est de l’avis même de l’IRSN [3] sujet à caution.
Une nouvelle fois, l’industrie nucléaire s’affranchit des principes démocratiques et fonctionne sur la base du fait accompli. En choisissant de ne pas imposer à l’exploitant EDF de tenir les délais impartis, de ne pas le sanctionner mais au contraire de composer avec son incompétence, l’ASN se fait complice de cette situation.
Greenpeace France demande aujourd’hui à l’ASN de prendre les mesures nécessaires pour accélérer le calendrier des travaux post Fukushima et au gouvernement de faire toute la transparence sur le niveau réel de sûreté et de conformité des réacteurs nucléaires français.

1 – Le calendrier des visites décennales associées aux réexamens périodiques de sûreté a lui-même été sujet à modification, avec report de travaux par système de phasage. Des doutes sérieux peuvent être émis sur la capacité et la volonté d’EDF à mener ces travaux selon le calendrier maintenant établi.
2 – Aucun document public ne permet actuellement de suivre la mise en œuvre de l’ensemble des mesures post Fukushima sur les réacteurs français.
3 – L’IRSN soulignait dans son avis n°2020-00053 que la culture de la conformité n’était pas ancrée dans les mentalités et les pratiques de l’exploitant. De nombreux incidents en témoignent régulièrement

Source : https://www.greenpeace.fr/mesures-renforcement-parc-nucleaire-francais-dix-ans-catastrophe-fukushima/
Auteurs : Institut négaWatt : Yves Marignac, Manon Besnard

Position des candidat.es à l'élection présidentielle

Non content que les centrales actuelles ne respectent pas les normes de sécurité post fukushima établies par l’ASN, le président-candidat Emmanuel Macron veut 6 EPR de plus et étudier la construction de 8 autres, plus des “petits” réacteurs et revenir sur la fermeture prévue de plusieurs vieux réacteurs existant.

D’autres candidat.es ne sont pas en reste : Valérie Pécresse (LR) et Fabien Roussel (PCF) en veulent 6 de plus aussi.
Le couple d’extrême droite Eric Le Pen/Marine Zemmour n’est pas en reste : Le Pen en veut également 6 supplémentares et ré-ouvrir Fessenheim, Zemmour en veut 14 ! (qui dit mieux ?)

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