Nouveau surcoût des EPR2

Le devis des 6 EPR2 dont la construction a été décidé, sans aucun débat par Emmanuel Macron, était de 51,7 milliards d’euros en 2020 puis est passé à 67,4 milliards en 2023 et maintenant 72,8 milliards d’euros 2020, soit 85 milliards d’euros 2025 (hors coût de financement, voir l’article ci-dessous sur le financement à taux zéro de EDF par l’état pour plus de détails) : 40% d’augmentation ! En ajoutant les frais liés au taux d’intérêt et au financement du programme, la facture totale est même susceptible de dépasser les 100 milliards d’euros, selon la projection faite, en janvier, par le premier président de la Cour des comptes. Et ces coûts sont de toute façon largement sous estimé comme EDF à pris l’habitude de le faire (voir l’EPR de Flamanville). Ce nouveau dérapage risque de se retrouver sur les factures d’electricité

Nucléaire : Le financement à taux zéro pour la construction des EPR2 coûtera entre 60 et 125 milliards de subventions au contribuable français

COMMUNIQUE DE PRESSE

L’association d’experts, de scientifiques, d’ingénieurs et de juristes spécialistes des énergies renouvelables Énergies renouvelables pour tous a effectué le calcul du coût du financement du programme nucléaire voulu par Emmanuel Macron, et notamment du coût du prêt à taux zéro que l’État s’apprête à octroyer à EDF pour financer la construction. Un montant auquel il faudra ajouter plusieurs autres coûts connexes, dont la nouvelle usine équivalente à celle de la Hague et le centre de stockage des déchets nucléaires de Bure.

Alors que la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est en cours de finalisation et qu’EDF vient de repousser la finalisation des devis et des calendriers de construction de 6 nouveaux EPR à fin 2025 et une possible décision d’investissement au second semestre 2026, la France semble s’engager discrètement dans un programme nucléaire d’une ampleur sans précédent depuis les années 1970. 

Un coût de financement des EPR équivalent à trois fois le coût annuel de la dette de la France

Les calculs effectués par nos experts, dont Frédéric Fortin, désigné en 2020 par la Commission d’Enquête du Sénat portant sur l’évaluation de l’équilibre financier des concessions d’autoroutes, indiquent que le coût de la subvention que constitue l’octroi d’un prêt à taux zéro à EDF envisagé pour financer la construction du programme EPR2 peut être estimé à une fourchette allant de 60 à 125 milliards d’euros sur 40 ans (non actualisé), soit entre 25 et 31 milliards d’euros actualisés au début du chantier. Ces sommes sont bien à considérer comme venant en plus de l’investissement pour 6 EPR estimé par la Cour de Comptes en janvier dernier à 79,9 milliards d’euros de 2023. 

Cette fourchette est large, car elle dépend du niveau d’aléas du chantier, et de la structure financière qui sera finalement actée après discussion avec la Commission Européenne. 3 scénarios sont envisagés ; le calcul est détaillé ci-après.

“Le prêt à taux zéro que l’État envisage d’accorder à EDF pour l’aider à financer la construction des 6 EPR sera loin de coûter “zéro” à la collectivité, bien au contraire. On s’apprête à accorder une subvention publique additionnelle correspondant à un tiers du coût du programme nucléaire des années 70, qui représentait 6 fois plus de puissance que le nouveau programme” indique Frédéric Fortin, auteur du calcul. 

Un prix de l’électricité qui atteint 160 € / MWh en moyenne

Intégrer le coût du financement pour l’État dans le coût global des 6 EPR fait nettement augmenter le prix de l’électricité final. 

Ainsi, un retraitement du CFD annoncé à 100 €/MWh en intégrant le coût de financement porté par l’État conduit à une fourchette de 156 €/MWh à 186 €/MWh selon les différents scénarios du coût du prêt à taux zéro. 

Le programme implique aussi de nombreux coûts connexes

A ce coût du financement s’ajoutent plusieurs autres dépenses dans le secteur du nucléaire, décidées ou en passe de l’être, qui vont engager des dizaines de milliards d’euros supplémentaires pour la filière. 

Par exemple, la décision prise par le président Emmanuel Macron de réinvestir massivement dans le site de La Hague, dont la vocation est de retraiter le combustible usé, est passée sous les radars. Ce projet colossal est évalué entre 27 et 40 milliards d’euros selon les sources.

Autre exemple, le projet d’enfouissement de Bure, présenté comme une solution à long terme pour les déchets radioactifs (en réalité de très long terme, puisqu’il faut compter des centaines de milliers d’années), est lui aussi estimé entre 25 et 35 milliards d’euros. L’impact financier et environnemental de ces investissements reste largement sous-évalué dans le débat public.

Enfin, le choix de fixer les contrats pour différence (CFD) de ce nouveau nucléaire a priori à 100 €/MWh, au lieu de faire le choix des énergies renouvelables dont les CFD sont dans une fourchette entre 45 et 90€/MWh, constitue un manque à gagner de 93 milliards d’euros sur 40 ans (soit 37 milliards d’euros actualisés en 2023) pour l’État, en considérant une moyenne de 70 €/MWh. Rappelons que le mécanisme de CFD conclu entre un producteur d’électricité et une entité publique permet de compenser la différence entre un prix de référence du marché, par nature fluctuant, et un prix garanti (strike price) fixé à l’avance. Lorsque le prix de marché excède le prix garanti, l’État est compensé de la différence entre le prix de marché et le prix de référence par le producteur d’électricité ; à l’inverse, si le prix de marché est inférieur au prix de référence, c’est l’état qui compense le producteur d’électricité. Plus le prix garanti est bas, plus l’État a de chances d’être bénéficiaire. 

“Sans réel débat ni transparence, la France s’apprête à dépenser des sommes pharaoniques pour financer la construction de nouvelles centrales produisant une électricité chère, sans compter les autres dépenses induites dans le retraitement et les déchets. Un engagement financier massif qui interpelle quant à la stratégie énergétique du pays – qui restera dépendant d’importations d’uranium pendant des décennies – et au poids qu’il fera peser sur les générations futures, alors même que les énergies renouvelables sont bien moins coûteuses et bien plus faciles et rapides à installer” conclut Stéphane His, président de l’association. 

Méthodologie de calcul du coût du prêt à taux zéro

Le calcul du coût de l’octroi d’un prêt à taux zéro à EDF pour financer la construction des EPR est complexe et requiert une expertise poussée, dont dispose Frédéric Fortin.

3 scénarios considérés

Frédéric Fortin a défini trois scénarios possibles pour la construction des 3 paires d’EPR2 :

  • Un scénario “actuel” aujourd’hui qui semble être privilégié par le gouvernement : capital investi « overnight » (ou coût de construction hors frais de financement) de 79,9 mds€2023, 30% de fonds propres et le reste en dette, dépourvue d’intérêts pendant les phases de construction et exploitation.
  • Un scénario “tchèque” (car plus proche du cas tchèque, pays dans lequel l’ensemble du programme devrait être financé en dette), fondé sur un capital investi overnight de 79,9 mds€2023, et un financement à 10% en fonds propres et le reste en dette. Un prêt à taux zéro est considéré sur la période de construction, puis il est subrogé par un prêt à long terme portant 4.5% d’intérêts (taux souverain à 10 ans +100 points de base ou 1%)  
  • Un scénario “Flamanville” fondé sur l’expérience récente de la construction de l’EPR de Flamanville (23,7 mds€2023, en incluant les frais de financement intercalaires), avec un glissement du capital investi « overnight » à 110 mds€2023, et 30% de fonds propres et le reste en dette

Bien que soutenu par le gouvernement, le premier scénario pourrait faire l’objet de discussions avec la Commission Européenne, qui pourrait demander à s’approcher au maximum du cas de figure tchèque. Dans ce pays, la construction de l’EPR aurait été plus majoritairement portée par de la dette, moins onéreuse car moins risquée que les fonds propres. 

Un coût compris entre 50 et 80 milliards en euros 2023, soit près du double en euros non actualisés

L’État ayant proposé à EDF un prêt à taux zéro, le coût de la dette pour le contribuable est naturellement plus important dans le scénario “Flamanville” puisque le CAPEX overnight y est plus important. 

 Scénario actuelScénario tchèqueScénario Flamanville
Coûts des intérêts intercalaires actualisés7,615,19,6
Coûts des intérêts pendant l’exploitation (30 ans) actualisés21,19,421,4
TOTAL en milliards d’euros actualisés en 202328,724,531,0
TOTAL en milliards d’euros constants, non actualisés  sur 30 ans82,556,7124,7

Liens et sources

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