Orano, ravale ton futur !

« Aval du futur », vous en avez entendu parler ? Rien d’étonnant si ce n’est pas le cas, Emmanuel Jupiter-Macron et le lobby nucléaire se gardent bien d’en faire la publicité !

Ce n’est ni le titre d’un morceau de rap, ni celui d’un roman de science-fiction, ni encore celui d’une émission de télé réalité, mais le nom du nouveau projet monstrueux d’Orano à la Hague concernant la « fin du cycle du combustible nucléaire » après son passage dans les réacteurs nucléaires.

« Aval du futur » : c’est comme s’ils pensaient que les générations futures donneront leur aval à ce projet démentiel ! Elles en seront au contraire les principales victimes.

Le titre du présent article reprend le slogan de l’association « Piscine Nucléaire Stop » d’où sont tirés beaucoup d’informations et des dossiers très complet.  N’hésitez pas à les soutenir !

Situation actuelle du complexe de la Hague

source : Dossier Reporterre – Usine de retraitement de La Hague
Les données ci-dessous datent de 2013 concernant l’inventaire des produits radioactifs, un inventaire plus récent se trouve sur le site de l’ANDRA.

Date de mise en service : 1966

  • Exploitant : Orano

L’établissement de La Hague, exploité par Orano, est destiné au retraitement des combustibles irradiés dans les réacteurs de puissance (uranium naturel graphite gaz [UNGG] puis réacteur à eau sous pression [Rep]).
Les premières installations ont été mises en service en 1966. L’usine est autorisée à retraiter annuellement près de 1.700 tonnes de combustibles nucléaires usés, français et étrangers.
Les déchets conditionnés dans l’usine sont soit les déchets directement issus des combustibles usés qui y sont traités (produits de fission, structures des assemblages de combustibles), soit les déchets liés à l’exploitation des usines de traitement des combustibles et conditionnement des déchets UP2-800 et UP3, soit ceux issus des opérations de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement et de reprise et de conditionnement des déchets de la première usine de traitement des combustibles irradiés UP2-400.

Inventaire radioactif

Avant d’être retraités, les combustibles usés à base d’oxydes d’uranium refroidissent dix à quinze ans dans les piscines d’entreposage de La Hague. Fin 2013, 8.230 tonnes de ces combustibles y étaient entreposées.

Ensuite, ces combustibles subissent un traitement à l’issue duquel sont obtenus :
–  de l’oxyde de plutonium (PuO2). Fin 2013, 41 tonnes de plutonium étaient entreposées à La Hague, dont 16 appartenaient à des clients étrangers ;
–  de l’uranium de recyclage issu du traitement (URT), envoyé pour entreposage sur le site du Tricastin (Drôme, 27.000 tonnes entreposées fin 2013).
–  des produits de fission et actinides mineurs qui sont des déchets ultimes, conditionnés en colis vitrifiés. 15.747 colis vitrifiés contenant des produits de fission étaient entreposés à La Hague fin 2016, et 1.352 mètres cubes de solutions de produits de fission et de concentrats d’effluents de rinçage restaient à conditionner.
–  des matériaux métalliques radioactifs provenant de la structure des assemblages de combustible, qui sont des déchets ultimes, conditionnés en colis standards. 16.499 colis de déchets métalliques étaient entreposés à La Hague fin 2016.

Par ailleurs, l’usine de La Hague entrepose plusieurs types de combustible nucléaire usé qu’elle ne retraite pas :
–  du Mox (mélange d’oxydes mixtes d’uranium et de plutonium) usé, fabriqué à partir de plutonium issu du traitement et d’uranium appauvri issu du processus d’enrichissement de l’uranium. En France, 24 réacteurs sur 56 sont autorisés à charger du Mox (22 l’utilisent effectivement). Fin 2013, 1.200 tonnes de Mox usé étaient entreposées en piscine à La Hague.
–  de l’uranium de recyclage enrichi (URE) usé, fabriqué à base d’uranium de recyclage issu du traitement réenrichi, utilisé par le passé dans la centrale nucléaire de Cruas (Ardèche). Fin 2013, 310 tonnes d’URE usé étaient entreposées en piscine à La Hague.
–  des rebuts de combustible Mox non irradiés qui n’ont pas pu être recyclés à l’usine Melox (Gard) de fabrication du Mox. Fin 2013, 234 tonnes de ces rebuts étaient entreposées à La Hague.
–  du Mox pour réacteurs expérimentaux à neutrons rapides (Phénix, etc.). Fin 2013, 38 tonnes de ce combustible était entreposé pour partie à La Hague et pour partie à Marcoule (Gard)
–  des combustibles usés issus de réacteurs de recherche (Rus à Strasbourg, Siloé, Siloette, Ulysse et Scarabée du CEA). Fin 2013, 3,8 tonnes de ces combustibles étaient entreposées à La Hague.

L’usine de La Hague entrepose également dans ses silos n° 115 et 130 1.100 tonnes de déchets de graphite provenant du traitement de combustibles de la filière uranium naturel graphite gaz, entre 1966 et 1990.

Enfin, le fonctionnement des différents atelier produit ses propres déchets :
–  Traitement des eaux de piscine : 4.352 mètres cubes de résines, diatomées et zéolithes entreposées sous eau dans des décanteurs, 188 mètres cubes de résines broyées entreposées en silos, etc.
–  Exploitation et maintenance des ateliers : 7.676 conteneurs béton cylindriques et 257 fûts métalliques de déchets technologiques cimentés ainsi que 419 conteneurs et 12.123 fûts à reconditionner, 234 conteneurs de résines cimentées, 27 fûts de cendres de minéralisation de solvants cimentées, 447 fûts de boues à reconditionner, 6.555 mètres cubes de terres, boues, ferrailles, plomb et gravats de très faible activité à conditionner, etc.
–  Traitement des effluents : 11.798 fûts d’enrobés bitumineux, 3.867 tonnes de boues anciennes de moyenne activité à conditionner, etc.

  • Sources : Inventaire national des matières et déchets radioactifs de l’Andra, p. 381 ; Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs 2016-2018, pp. 58, 61, 68, 71-72, 74-78, 143, 145-146, 148-149, 158-160, 171-172, 229

Nitrates : l’usine nucléaire de La Hague pollue plus qu’une mégaporcherie

Source : https://reporterre.net/Nitrates-l-usine-nucleaire-de-La-Hague-pollue-plus-qu-une-megaporcherie

La filière nucléaire dégage des déchets radioactifs, mais on le sait moins, aussi des substances polluantes telles que le nitrate. L’association « Robin des bois » compare le site de retraitement de La Hague à une mégaporcherie industrielle.

pollution nitrate
© Red!/Reporterre

L’usine de retraitement de déchets radioactifs polluerait autant qu’une porcherie industrielle de 100 000 porcs. Chaque année, elle rejette 2 000 tonnes de nitrates directement dans la Manche. Ces substances chimiques sont issues de l’acide nitrique utilisé pour dissoudre les combustibles irradiés et pour séparer le plutonium, l’uranium et les produits de fission.

« La Hague peut se vanter d’être la plus grande porcherie du monde », dénonce Jacky Bonnemains, le porte-parole de l’association « Robin de bois ». «Elle dépasse même la pollution de la mégaporcherie de Nanyang, en Chine, qui va héberger plus de 84 000 truies […] L’usine de La Hague participe à la prolifération des algues vertes dans la région »

Sites de la Hague

Outre l’usine de retraitement actuelle, se trouvent également trois sites qui ne sont plus en exploitation, mais qui continue de polluer les nappes phréatiques. Plus de détails sur ces trois sites ici. On peut également consulter ici l’historique de l’ancienne usine de la Hague sur le rapport de Global Chance.

Centre de stockage de la Manche (CSM)

  • Date de mise en service : 1969 ; date de fin d’exploitation : 1994
  • Exploitant : Andra

Mis en service en 1969, le centre de de stockage de la Manche (CSM) dédiée au stockage de déchets de faible et moyenne activité à vie courte en surface fut le premier centre de stockage de déchets radioactifs exploité en France. Il a été de 1969 à 1994. Au total, 527.000 mètres cubes de colis de déchets y ont été stockés. Les travaux de couverture se sont déroulés de 1991 à 1997 et le centre est entré en phase de surveillance en janvier 2003.
Sur 10 hectares ont été stockés définitivement 527.225 m³ de déchets radioactifs, répartis dans près d’un million de colis, avec un mélange de déchets radioactifs à vie « courte » (300 ans quand même…) et à vie longue.

Fosse « Attila » de La Hague

  • Dates des dépôts : 1969-1981
  • Exploitant : Orano

Dans la fosse Attila, implantée sur le site de l’établissement Orano de La Hague, ont été déposés de 1969 à 1981 des fûts de déchets provenant de la cellule Attila du Centre d’Etudes CEA de Fontenay-aux-Roses (cellule de retraitement d’assemblages combustibles irradiés) et de l’installation RM2 du Centre d’études CEA de Fontenay-aux-Roses (laboratoire d’examen d’assemblages combustibles irradiés). Des actions sont en cours afin de caractériser l’ensemble des déchets.
Le silo 130 de ce site a pris feu en 1981 et a été noyé par les eaux d’extinction.
Il contient 518 tonnes de déchets, principalement composés de magnésium, de graphite, d’aluminium et d’uranium entreposés entre 1973 et 1981. Certains de ces déchets sont pyrophoriques, c’est-à-dire qu’ils ont la propriété de s’enflammer spontanément à température ambiante au contact de l’oxygène.

Installation Elan II B de La Hague

  • Date de mise en service : 1970 ; date de fermeture : 1973
  • Exploitant : Orano

Installation destinée à la fabrication de sources scellées de césium 137 et de strontium 90, mise en service par le CEA sur le site de La Hague en 1970 et arrêtée en 1973. Le démantèlement de l’installation a débuté en 1981 et a été interrompu en 1992 ; des études sont actuellement en cours pour le redémarrage du démantèlement. Ce dernier est encore en cours.
https://inventaire.andra.fr/families/dechets-issus-des-colonnes-delution-delan-iib-conditionnes-en-colis-phomix-oranola-hague

Sources :

Le projet "Aval du futur"

Il comprend :
  • La prolongation du fonctionnement de l’usine vieillissante de retraitement actuelle: (prévu jusqu’en 2040, elle serait prolongé jusqu’en 2100 au moins. Le directeur du projet, Nicolas Ferrand s’enthousiaste : le programme Aval du futur est « le plus grand projet industriel du monde » et Orano construit à La Hague « l’usine de 2040, qui tournera encore en 2125 » Orano a trouvé un nom pour cette prolongation : « le programme de pérennité-résilience »
    « Résilience » : La résilience, c’est l’illusion que l’on peut s’adapter, « vivre avec » les catastrophes : climatiques, technologiques, environnementales,industrielles. Selon ses promoteurs, ces épreuves seraient même des opportunités, car les surmonter nous rendraient plus forts !Il suffirait de sourire, d’accepter, d’abandonner son rôle de victime et de prendre des responsabilités.
    Mais est-il bien sérieux de penser que nous pouvons nous adapter aux irradiations et contaminations radioactives ?
    Plutôt que la soumission à la résilience atomique , faisons le choix de la résistance et de la prévention des risques !
  • La construction d’une nouvelle usine de retraitement comprenant 3 piscines de stockage de 6500 tonnes (soit un triplement des entreposages si les anciennes piscines sont conservées à la suite du diagnostic envisagé par Orano) de combustibles usés et déchets radioactifs. A la faveur de contrats étrangers, les combustibles usés moxés pourraient y être entreposés pendant 70 ans avant un éventuel retraitement industriel qui n’existe pas aujourd’hui.
  • Une nouvelle usine de fabrication du combustible MOX comparable à celle de Marcoule (Melox) dont les plus de 350 tonnes de rebuts de MOX sont stockés à la Hague.
Un dossier très complet de Global Chance sur le plutonium et le MOX est consultable ici.

Abscence complète de transparence et de démocratie :

Ce projet résulte des décisions prises par Emmanuel Macron en Conseil de Politique Nucléaire du lundi 17 mars 2025 [1] , sans vote de l’Assemblée Nationale sur la PPE 2025-20235 (Programmation Pluriannuelle de l’Energie), ni débat public approprié.

Crée en 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy ([2]), ce Conseil de Politique Nucléaire est tout sauf démocratique et transparent : il est couvert par le secret défense, même s’il s’agit de nucléaire civil. Le ministère de l’écologie n’était même pas présent, et a juste droit à un résumé, un cadre du ministère de l’écologie concerné par le dossier de la sûreté se désole : « Même moi, je n’y ai pas accès. Je n’ai même pas le droit de vous dire quel est le niveau de confidentialité. »

Pourtant, lors de ces conseils, des décisions déterminantes pour la filière nucléaire civile y sont prises de manière opaque : la construction d’une nouvelle piscine de stockage de combustibles sur le site d’Orano à La Hague ([3] en février 2024), la poursuite des investissements dans le réacteur de recherche Jules-Horowitz et le choix du site du Bugey (Ain) pour la construction de deux réacteurs EPR ([4] en juillet 2023), ou encore le bouleversement de la gouvernance de la sûreté de la filière de l’atome et l’objectif de prolonger la vie des centrales nucléaires au-delà de soixante ans ([5] en février 2023).

Maxime Laisney, député de la France Insoumise et membre de la commission des affaires économiques le résume parfaitement : « C’est une opacité qui n’a pas lieu d’être et qui est scandaleuse Si on est en train de parler de la gouvernance du nucléaire civil, du choix de construire des réacteurs EPR et de nouvelles piscines de combustibles, le choix devrait revenir à la nation et ses représentants. ». Ce n’est manifestement pas la vision d’Emmanuel Macron, sur ce sujet et sur d’autres.

Le texte de référence cité par l’exécutif pour résumer la vision de l’état reste le discours ([6]) prononcé à Belfort en février 2022 par Emmanuel Macron, alors qu’il postulait à sa réélection « J’attends qu’on me montre dans la Constitution où il est écrit qu’un meeting de campagne vaut en guise de politique énergétique pour les années qui viennent » demande Maxime Laisney fort justement.

Christine Noiville, présidente du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), une instance indépendante, s’en inquiète également : « entre la programmation pluriannuelle énergétique qui se fera par décret donc sans débat parlementaire, et le Conseil de politique nucléaire, dont les décisions sont assez opaques, on est loin des principes de transparence et de débat qu’a affirmés le législateur en matière de nucléaire ».  Elle n’a pas non plus accès au détail des discussions du Conseil de politique nucléaire.

Youenn Gourain, chercheur en urbanisme qui a travaillé sur le poids du nucléaire sur ce territoire de la Normandie le confirme « Cette sous-médiatisation au niveau national correspond à l’idée qu’il ne faut pas que ce projet fasse trop de bruit, afin que l’on ne remarque pas ses failles démocratiques.»

Mais on peut être rassuré quand Orano déclare, par l’intermédiaire de son service de communication (défense de rire !) : « [Le groupe] sera particulièrement vigilant à conduire un dialogue régulier et de qualité avec l’ensemble des parties prenantes dans le territoire, comme nous l’avons toujours fait depuis la création du site » . Les habitants de ce territoire doivent s’étrangler quand Orano parle de « dialogue régulier et de qualité avec l’ensemble des parties prenantes dans le territoire » : apparemment les habitants ne sont pas considérés comme « parties prenantes », il n’y a eu aucune concertation avec eux.

Le cycle parcours des combustibles

Il est déjà erroné de parler de « cycle » du combustible, étant donné les déchets radioactifs dont ne ne sait pas quoi faire, mais il faut plutôt parler de parcours du combustible.

Une explication sur le parcours  des combustibles semble ici nécessaire :

Source : voir le document très bien fait de l’association « Piscine Nucléaire Stop »

parcours des combustibles nucléaires
source du schéma : Piscine Nucléaire Stop
  • Extraction de l’uranium :

La France a besoin de l’ordre de 8 000 à 10 000 tonnes d’uranium naturel par an pour fabriquer le combustible alimentant son parc de 58 réacteurs nucléaires. La totalité de cet uranium est importée (cela tord déjà le cou à la prétendue « indépendance énergétique Française ») . La production mondiale d’uranium provient des mines du Kazakhstan, du Canada, de l’Australie, de la Namibie, du Niger, de Russie et d’Ouzbékistan (la répartition exacte des importations françaises n’est pas communiquée par EDF et Orano ).

→ Cette extraction contamine les eaux près des sites miniers, mais c’est « ailleurs » n’est-ce pas…?

  • Conversion de l’uranium :

L’opération de conversion est réalisée en 2 étapes : l’établissement COMURHEX de Malvési (Aude) réceptionne le concentré de minerai d’uranium afin de le purifier chimiquement (il est transformé en hexafluorure d’uranium (UF6)) La seconde étape est réalisée à Pierrelatte (Drôme) : L’uranium est alors transformé (converti) en tetrafluorure d’uranium (UF4).

Ces transformations nécessitent l’utilisation de différents produits chimiques très polluants : à Malvési les déchets les plus importants sont le fluor, le nitrate et l’ammoniac. Pour Pierrelatte les déchets sont le fluor et l’uranium, et des déchets TFA.

Un million de m3 d’effluents radioactifs et polluants stockés près de l’usine.

  • Enrichissement de l’uranium :

Pour produire de l’énergie, la réaction nucléaire s’appuie sur la fission des atomes d’uranium : il faut que l’uranium fissile représente plus de 4%. Or, à l’état naturel, la partie fissile de l’uranium ne représente que 0,7% du total. G E R L’enrichissement en isotope 235 de l’uranium est assuré par l’usine Eurodif du Tricastin. L’uranium sous forme d’hexafluorure d’uranium est séparé en deux flux, l’un s’enrichissant, l’autre s’appauvrissant en isotope 235. À partir de 7.000 tonnes d’uranium naturel, on obtient : 1 000 tonnes d’uranium enrichi. Par an, 6 000 tonnes d’uranium appauvri sont entreposés à Tricastin L’ASN demande à ORANO et à l’ANDRA de poursuivre des études sur le stockage de l’Uranium Appauvri, donc, de le considérer comme un déchet.

Ces transformations nécessitent l’utilisation de différents produits chimiques très polluants : fluor, le nitrate et l’ammoniac + uranium

  • Frabrication des combustibles :

Le procédé est mis en œuvre dans l’usine de fabrication FBFC de Romans-sur-Isère), qui transforme l’hexafluorure d’uranium enrichi en poudre d’oxyde d’uranium. Les pastilles combustibles fabriquées avec cet oxyde sont gainées pour constituer les crayons, lesquels sont réunis pour former les assemblages de combustible.

  • La production d’énergie :

Ces assemblages sont alors introduits dans le cœur du réacteur nucléaire où ils délivrent de l’énergie par fission des noyaux d’uranium 235. Les réactions de fission entrainent une consommation de l’uranium 235 et la génération de produits radioactifs dits produits de fission. Les captures neutroniques par les noyaux lourds conduisent également à la production de plutonium et autres actinides (neptunium, américium, curium…). Après une période de l’ordre de trois à cinq ans, le combustible usé est extrait du réacteur pour refroidir en piscine, d’abord sur le site même du réacteur (environ 2 ans), car trop chaud pour être transporté.

Ensuite, le combustible usé est envoyé à l’usine de retraitement ORANO de La Hague, et refroidit encore en piscine de 5 à 10 ans.

  • Commence le retraitement :

L’uranium et le plutonium des combustibles usés sont séparés des produits de fission et des autres actinides. L’uranium de retraitement (URT) qui contient encore de l’ordre de 0,9 % d’isotope 235 et le plutonium purifiés sont entreposés en vue d’une réutilisation future. Les produits de fissions et autres actinides sont conditionnés dans du verre coulé en conteneurs, en vue de leur stockage ultérieur en couche géologique profonde. Les gaines de combustibles sont également compactées dans des conteneurs comme les produits de fission pour être envoyées à Cigéo.

Chaque année en moyenne : > 800 conteneurs pour les produits de fission et > 700 pour les gaines. Orano reçoit en moyenne 1200 tonnes de combustibles usés et en retraite 1000 tonnes les bonnes années. Il reste donc chaque année environ 200 tonnes.

Selon l’Irsn, « la stratégie du traitement recyclage du combustible nucléaire sera préservée jusqu’à l’horizon 2040 » et après ?

  • La frabrication du MOX (Mélange d’OXyde de plutonium et d’OXyde d’uranium) :

Le plutonium, mélangé à de l’uranium appauvri, sert à fabriquer un nouveau type de combustible : le MOX. Actuellement, 22 réacteurs peuvent être alimentés par ce mélange. Le MOX est utilisé notamment dans des REP (Réacteur à Eau Pressurisée) de 900 MWe du parc nucléaire français.

À fin 2020 : 59 t de plutonium appartiennent à la France soit 6.5 fois trop que les besoins annuels pour la fabrication du mox.

  • Le parcours du MOX :

Une fois usé, le combustible Mox n’est actuellement ni retraité ni réutilisé. Il s’accumule dans les piscines de La Hague . De 1992 à 2008 le retraitement du mox s’est fait à l’étranger (soit 73.2t). Complexe, le retraitement se fait en faible tonnage. Il est aussi très coûteux (plus coûteux que le retraitement de l’UNE)

  • Le problème de l’usine MELOX :

Suite à des déconvenues de l’usine de Marcoule (depuis 2013), des rebuts de MOX, en boîte (RBM), et d’autres sous forme de crayons (RAM), partent en piscine à Orano dans l’attente d’un potentiel retraitement. Mais actuellement Orano n’est pas en capacité industrielle de les retraiter. Il s’ensuite un engorgement non anticipé des lieux d’entreposage. Cette fois-ci ça déborde !

  • L’uranium de retraitement (URT) enrichissement :

L’URT est en fait un déchet nucléaire, c’est le produit provenant du retraitement du combustible usé qui sort des réacteurs nucléaires.

L’IRSN évoque la saturation en 2022 des capacités d’entreposages d’uranium de retraitement (URT) à Tricastin :

actuellement environ 310 000 tonnes et un stock qui s’accroît chaque année de 1000 tonnes

L’URT a été valorisé depuis 2013 : Il est envoyé en Russie pour être ré-enrichi (URE) et mis dans les réacteurs de Cruas, Ardèche.

En fait, EDF « profite » d’une faille juridique pour se débarrasser hors du territoire français d’une grosse partie de ses déchets, environ 40 à 50% de la matière du combustible usé. En généralisant cette pratique à tout son combustible, cela pourrait atteindre 75%.

Comme l’explique très bien Yves Mérignac, spécialiste du nucléaire et porte-parole de l’association négaWatt : « Quand EDF envoie pour ré-enrichissement son URT en Russie, seul le flux enrichi revient. Cela représente un huitième à un dixième de l’URT exporté, le reste étant abandonné en Russie. Officiellement pour être réutilisé, car l’export de déchets nucléaires est interdit par les conventions. Mais il n’existe en réalité aucune perspective sérieuse de réemploi de ce flux d’uranium de retraitement appauvri, sans valeur« , pour

Ces combustibles usés sont dans les piscines de la Hague et ne peuvent être remis dans le circuit.

Et à nouveau ou est la fameuse Indépendance énergétique Française ?

De toute manière la cour des comptes estime que la reprise pour la valorisation de cette URT est insuffisante pour permettre une diminution des stocks avant le milieu du siècle. Elle recommande de constituer une provision de 500M€ à 1 M€ pour en stocker une grande quantité et ne pas léguer cette charge aux générations futures.

  • Typologie des déchets produits par le processus de traitement :

→ Des combustibles MOX qui contiennent des quantités importantes de plutonium, en piscine

→ Des combustibles irradiés classiques non retraités (env. 200t par an), en piscine

→ Des produits de fission et les actinides mineurs en conteneurs (déchets à vie très longue et haute activité MA-VL et HA) Avant d’être vitrifiés les produits de fission et actinides mineurs contenus sous forme liquide dans des cuves sont continuellement agitées et refroidies (délais en cas de rupture d’agitation et de refroidissement : moins de 6 heures !! )

→ Des déchets de structures des combustibles tels que des éléments d’assemblages ou des gaines de combustibles, en conteneurs (déchets à vie très longue et haute activité MA-VL et HA)

→ Du plutonium dont une quantité importante est irradié et qui reste dans le MOX

→ Du plutonium stocké “sur les étagères“, dont une partie appartient à des pays étrangers et environ 59 tonnes “français“ (source JC Zerbib) car tout le plutonium n’a pas été recyclé

→ Des résidus du traitement chimique contenant du plutonium > De l’uranium de retraitement qui n’est pas réutilisé (ou presque pas)

→ Des déchets liés au fonctionnement de l’usine: remplacement des pièces, outillages, vêtements contaminés et autres

→ Des rejets gazeux : tritium, krypton , carbone 14 et iode. > Des rejets liquides : tritium, carbone 14, iode, nitrates.

Foncier – accaparement des terres

Qui dit projet titanesque dit accaparement des terres, et notamment des landes de la presqu’île du cotentin.

Pour mener à bien ce projet, Orano a absolument besoin de foncier :

  • Le 17 décembre 2024 le conseil Municipal de la Hague vote la vente de terres à Orano : 16 677m2 de landes primaires du plateau de la Hague ainsi que les chemins communaux qui les traversent, des terres de la commune de Digulleville ([7]) (page 13 du compte rendu du cm, réf. 32DL2024-016)
    vidéo du cm délibération de 2h01mn52sec à 2h20min50sec
  • 17 février 2025 dépot d’une requête en annulation par l’association Piscine Nucléaire Stop auprès du tribunal administratif de Caen
  • 3 avril 2025 – grâce à la requête en annulation de l’association Piscine Nucléaire Stop, la municipalité de la Hague a preféré annuler cette vente lors du cm (page 7 du compte rendu du cm réf. 32DL2025-002) suite au dépot de la requête d’annulation ([8]). L’association obtient ainsi une grande victoire symbolique ([9]).
  • 14 octobre 2025 : le conseil municipal de la Hague vote la désaffection des chemins ruraux ([10]) (page 4 du compte rendu du cm 35DL2025-004)
  • Le 16 décembre 2025 le conseil Municipal de la Hague vote à nouveau, suite à l’annulation du 3 avril 2025, la vente de terres à Orano ([11]) (page 9 du compte rendu du cm) : 14808m2 de landes primaires du plateau de la Hague ainsi que les chemins communaux qui les traversent, des terres de la commune de Digulleville Le tout proposé pour une somme de 518 280€ :
    • 35DL2025-011 cession des chemins ruraux désaffectés au profit de ORANO – commune de Digueville 1400m2 – 35€/m2 – 49000€
    • 35DL2025-012 cession de parcelles à ORANO Landes de Raumarais – commune de Digulleville – 13408m2 – 35€/m2 – 469280€

    Ce prix défie littéralement toute concurrence en imposant de fait le nucléaire comme unique acteur économique de la presqu’île : qui d’autre qu’Orano pour débourser une telle somme ?

Selon un document obtenu par le site Basta! ([12]) , plusieurs agriculteurs voisins du site d’Orano ont été sondés récemment par l’agglomération du Cotentin qui souhaitait savoir s’ils avaient des parcelles à vendre, mais évidemment rien n’indique dans ces courriers la destination des parcelles convoitées, ni leur futur propriétaire.

Conséquences environnementales

L’usine de retraitement de la Hague présente déjà des rejets radioactifs liquides et gazeux et des pollutions dans l’environnement. Le projet AVAL du Futur ne pourrait que les amplifier alors que la Convention Ospar (Oslo Paris) ([13]) dont l’application a été repoussée de 2025 à 2050 devrait les interdire, comme pour les déchets nucléaires solides en mer.
En 2018, Yves Marignac décrivait la Hague comme possédant un « potentiel de danger sans équivalent, sans commune mesure avec tout ce que l’on connaît en France et en Europe », notamment vis-à-vis d’un risque terroriste.

[13] https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_internationale_OSPAR

Effluents rejetés en mer

En Tritium la Hague rejette en 30 jours l’équivalent de 30 ans des rejets de Fukushima. (Source David Boilley ACRO). L’autorisation de rejets annuelle de tritium de la Centrale accidentée de Fukushima est de 22 térabecquerels par an alors que la Hague dispose d’une autorisation pour 18500 térabecquerels annuels dans la Manche soit 840 fois plus (Source ACRO).
La Hague rejette notamment du Cobalt et de l’iode 129 que l’on retrouve à Ecalgrain (Cf étude ACRO).
L’usine rejette aussi des déchets chimiques en mer :  pour les nitrites, les niveaux annuels sont comparables à ceux d’une ferme de 100 000 porcs.

Effluents gazeux

l’usine est autorisée à rejeter 20 000 fois plus de gaz radioactifs rares (dont Krypton) et 500 fois plus de tritium gazeux qu’un réacteur de Flamanville (Source Mycle Schneider)
Si les émissions restent dans les limites autorisées, l’évaluation de leur impact fait l’impasse sur les faibles doses et leur accumulation ; l’enquête sanitaire demandée par la ministre Corinne Lepage à la suite de l’affaire des leucémies de la Hague n’a jamais été mise en place.
Et on ne saurait oublier les pollutions des ruisseaux environnants de la Hague comme le Grand bel, le Ru des Landes ou la Sainte Hélène, l’incendie du Silo 130 toujours en voie de décontamination.

Les déchets nucléaires

Fin 2024 la Hague entreposait notamment 41 146 fûts métalliques destinés à Bure soit :

  • 21268 fûts de déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) pour la structure métallique du combustible,

  • 19858 fûts de déchets vitrifiés de haute activité à vie longue (HA-VL) pour les éléments radioactifs issus des produits de fission.

Avec le projet Aval du futur et sans oublier les déchets de faible et moyenne activité conservés ou évacués ailleurs, combien d’autres déchets vitrifiés et combien de sites d’entreposage à construire à la Hague avant que Bure ou un autre lieu ne puisse les accueillir ?
La solution pourrait se résumer à un entreposage de très longue durée à la Hague pour les déchets les plus dangereux, avec les risques inhérents.

Pas d’étude environnementale

Le projet Aval du Futur ne présente aucune étude d’impact environnemental adéquate alors que la nouvelle usine de retraitement UP4 devrait traiter le MOX usé très radioactif avec des rejets en mer et dans l’air. Ainsi les besoins en eau douce ne sont pas quantifiés, alors qu’ils pourraient entrer en concurrence avec les besoins de la population. Les besoins en énergie électrique d’un tel complexe industriel ne sont pas annoncés alors que l’on connaît la fragilité des lignes électriques mises à l’épreuve notamment lors des tempêtes de neige. Une rupture d’approvisionnement électrique pourrait entraîner un accident majeur par manque de refroidissement des piscines et d’autres boues radioactives.

Liens et sources

Orano : ravale ton futur !

Parce que ton futur est pollué, bétonné, industriel.
Un territoire détruit par le nucléaire et ses déchets, condamné et sacrifié.
Des projets de telles ampleurs ne sont en aucun cas pensés avec et pour les populations locales, ils répondent à des obsessions technocrates au détriment du vivant et d’autres possibles économiques et énergétiques.

Orano ravale ton futur
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