PPE 3 : Un déni de démocratie, retour en arrière écologique et non-sens économique

Sébastien Lecornu a présenté hier son texte de Programmation Pluriannuelle de l’Énergie ([PPE ou « Pleins de Promesses Evanouies »]) , publié aujourd’hui dans un décret au Journal Officiel.

Ce texte est une feuille de route qui détaille les objectifs de production d’énergie pour chaque filière pour les 10 prochaines années.

Cette PPE3 aurait dû être publiée en 2023. Elle arrive donc avec un retard de 3 ans, et le résultat final est une aberration pure et simple dans tous ces aspects. Sortie sous forme de décret, elle n’aura pas fait objet d’un débat préalable au parlement : elle aurait dû être une déclinaison de la Loi énergie-climat qui, rappelons-le au passage, vise la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Surtout, elle réduit considérablement la part de l’énergie solaire et de l’éolien terrestre, à la faveur d’une trajectoire vers le « tout nucléaire », en opposition totale aux objectifs de la PPE2 ([la PPE2 prévoyait la fermeture de 14 réacteurs avant 2035]). Avec une telle PPE nous fonçons droit dans le mur : cette industrie est à la fois un gouffre économique, une entrave à notre indépendance énergétique, et un danger colossal pour les écosystèmes et les populations.

Avec ce nouveau texte, le parc nucléaire actuel est prié de produire au moins 380 TWh par an [1], un niveau jamais atteint depuis 2019 et ceci jusqu’à 50 ou 60 ans.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une fuite en avant pour la filière nucléaire, qui ignore complètement l’urgence climatique et le besoin de sortir rapidement des énergies fossiles. Quitte à saboter les vraies solutions (l’éolien, le solaire, les politiques de sobriété) qui pourtant ont déjà fait leurs preuves quand à leur efficacité.

[1] https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=UVMOuKNMrpZzIWK8_yvF4c1EHFQ2DgWXsjxXY-a5RFQ=

Le nucléaire est trop lent

La PPE2 de 2020 prévoyait à juste titre la fermeture de 14 réacteurs nucléaires, alors que la PPE3 prévoit au contraire de construire 6 voire 14 EPR2 dont les premiers n’arriveraient pas avant 2038 (et cela sans prendre en compte les retards éventuels de construction pourtant systématiques dans cette filière). Les 6 EPR2 en projet n’ont pas encore obtenu de décret d’autorisation de création (DAC) d’installation nucléaire de base (INB) ni de décision finale d’investissement.

Le nucléaire est trop cher

En 2025, la Cour des comptes elle-même annonçait que l’EPR de Flamanville n’est pas rentable dans un rapport publié en janvier 2025 [2]. En seulement 4 ans, le devis de construction des 6 EPR2 a augmenté de 20 milliards d’euros, soit +40 %. Avec les retards et failles systématiques dans ces projets et des financements incertains à l’avenir, cette énergie va se répercuter fortement dans la facture des consommateur·ices, déjà insoutenable pour grand nombre de foyers, et nous mène droit dans le mur.

[2] https://reporterre.net/L-EPR-n-est-pas-rentable-tranche-la-Cour-des-comptes

Le nucléaire est trop dangereux

Le parc nucléaire est vieillissant, il y a un grand manque de transmission des compétences vers les jeunes travailleurs du nucléaire. EDF a de plus en plus recours à des travailleurs sous-traitants pour des actions clé de maintenance et réparation de ses centrales. De quoi précipiter l’accident. En outre, les problèmes de rejets toxiques (hydrocarbures, tritium, PFAS…) dans les écosystèmes représentent déjà un gros danger pour l’environnement et les populations.

Sans oublier que les installations nucléaires sont des cibles potentielles en cas de conflit armé, avec les mêmes conséquences que celles d’une bombe nucléaire en cas d’explosion ou fusion d’un réacteur.

La fermeture de réacteurs nucléaires est donc une option sans regrets : abolition du risque d’accident de fonctionnement, arrêt de production de déchets et d’effluents radioactifs, chimiques et thermiques.

Le nucléaire rend la France dépendante

Rappelons que l’uranium nécessaire au fonctionnement des centrales est entièrement importé. Cela rend l’indépendance énergétique impossible. Plus grave encore, cela nous rend actuellement dépendants de la Russie de Poutine : la Russie possède la seule usine d’enrichissement d’uranium de retraitement au monde et reste le pays par lequel transite l’uranium provenant de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan (sources principales de l’uranium pour la France).

Actuellement, la France reste dépendante des énergies fossiles à 60 %, soit 60 milliards d’euros par an. Autant d’argent donné à des puissances aussi dangereuses que la Russie : les États-Unis de Trump.

Nous dénonçons cette PPE irresponsable politiquement, antidémocratique, absurde écologiquement et injuste envers les citoyennes et citoyens.

La vraie solution à l’impasse dans laquelle la France se trouve aujourd’hui est claire : le développement des énergies renouvelables comme l’éolien terrestre, offshore et le solaire, et l’application de politiques de sobriété justes (comme la rénovation des bâtiments).

Pour le Conseil d’administration du Réseau « Sortir du nucléaire », Damien Renault et Françoise Pouzet

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