Rejets non maîtrisés de tritium : toutes les centrales nucléaires concernées

Qu'est ce que le tritium ?

Le tritium, forme radioactive de l’hydrogène (hydrogène classique H1 : 1 proton 0 neutron ,  hydrogène H3 le tritium : 1 proton 2 neutrons), est un élément gazeux ou liquide. Très difficilement confinable, il traverse les métaux et le béton. L’industrie nucléaire a longtemps considéré cet élément radioactif comme inoffensif, mais des études récentes montrent que la toxicité du tritium a été sous-évaluée, notamment quand il est absorbé par l’organisme. Il pénètre alors dans l’ADN des cellules. Dans les centrales nucléaires, le tritium présent dans le circuit primaire provient pour l’essentiel de l’activation neutronique du bore (modérateur neutronique) et du lithium (régulateur de pH). Compte tenu de sa mobilité, il n’existe pas de technique industrielle permettant de piéger efficacement le tritium. Il est donc rejeté dans l’environnement. Le tritium représente ainsi plus de 99% de la radioactivité rejetée par voie liquide et il est un des principaux constituants des rejets radioactifs à l’atmosphère (avec les gaz rares et le carbone 14). * En savoir plus sur le tritium (article de la CRIIRAD)

En 2021, une fuite de tritium à la centrale nucléaire du Tricastin avait défrayé la chronique : une teneur record de 28 900 Bq/l (contre un “bruit de fond” de 1 à 2 Bq/l) était détectée dans les eaux souterraines. L’examen des données disponibles pour toute la France montre que ce cas n’est pas isolé : toutes les centrales électronucléaires ont été concernées par des rejets non maîtrisés, pourtant interdits.

En fonctionnement courant, une centrale nucléaire rejette des éléments radioactifs et chimiques par voie liquide dans un milieu récepteur (cours d’eau, milieu marin). Ces rejets ne doivent pas transiter par le sous-sol du terrain sur lequel les centrales sont construites, et dans lequel se trouvent généralement une ou plusieurs nappes d’eau souterraine : la réglementation l’interdit.

L’absence de contamination des eaux souterraines doit être vérifiée par l’exploitant par des analyses périodiques d’échantillons prélevés dans des piézomètres (puits de quelques centimètres de diamètre) implantés sur le site et dans ses environs. Le tritium est l’un des paramètres mesurés. Cet isotope de l’hydrogène est le principal radionucléide rejeté dans l’environnement par les centrales nucléaires.

La CRIIRAD a compilé l’ensemble des résultats des mesures de tritium dans les eaux souterraines des centrales nucléaires disponibles (Sur https://mesure-radioactivite.fr/#/ depuis 2009 ; dans un rapport de l’IRSN de 2008 pour la période antérieure : urlr.me/EvSQkK). Il ressort de cet examen que toutes les centrales, sans exception, ont un jour ou l’autre, connu des incidents de rejet dans les eaux souterraines, les cours d’eau et/ou le sol.

Le bruit de fond habituellement observé dans les nappes étant inférieur à 2 Bq/l, une teneur supérieure à 10 Bq/l indique sans ambiguïté la présence d’une contamination.

Sur la période 2015-2024, des valeurs dépassant 10 Bq/l ont été mesurées dans les eaux souterraines de 16 centrales sur 19 : plus de 1 000 Bq/l à Bugey, Gravelines et Tricastin ; plus de 100 Bq/l à Belleville, Blayais, Cruas, Dampierre, Flamanville, Penly ; plus de 10 Bq/l à Cattenom, Chinon, Chooz, Civaux, Fessenheim, Saint-Alban et Saint-Laurent-des-Eaux.

Les 3 autres centrales (Golfech, Nogent-sur-Seine, Paluel), ont toutes connu plusieurs épisodes de pollution avant cette période… ou après : à Nogent-sur-Seine, une eau contenant plus de 1 000 Bq/l de tritium a été déversée à l’extérieur du local de la station de rejet en Seine, le 17 janvier 2025.

Dans aucune de ses centrales nucléaires EDF n’a été capable de maintenir en permanence les eaux souterraines à l’abri d’une contamination radiologique. Ces eaux ne sont pas isolées de celles situées en aval hydraulique de la centrale. En cas de rejets massifs, le milieu aquatique serait impacté à court terme.

Rejets de tritium liés au retraitement de l'usine de la Hague

Outre les centrales nucléaires qui rejettent du tritium, l’usine de retraitement de la Hague à elle seule en rejette d’énormes  quantités. Elle est la plus grosse installation au monde rejetant du Tritium.
Les rejets d’Orano La Hague sont les plus élevés au monde et peuvent être détectés jusqu’en Mer du Nord. Certains radioéléments, comme l’iode-129 ou le carbone-14, pourraient pourtant être filtrés. Et pour le tritium, de l’hydrogène radioactif difficile à filtrer, l’autorisation annuelle de rejet en mer est 840 fois plus élevée qu’à Fukushima (18 500 Tera becquerels par an contre 22 TBq/an).
En Tritium la Hague rejette en mer en 30 jours l’équivalent de 30 ans des rejets de Fukushima. (Source David Boilley ACRO). L’autorisation de rejets annuelle de tritium de la Centrale accidentée de Fukushima est de 22 térabecquerels par an alors que la Hague dispose d’une autorisation pour 18500 térabecquerels annuels dans la Manche soit 840 fois plus (Source ACRO).

En terme d’effluents gazeux, l’usine est autorisée à rejeter 20 000 fois plus de gaz radioactifs rares (dont du Krypton) et 500 fois plus de tritium gazeux qu’un réacteur de Flamanville (Source Mycle Schneider)
Si les émissions restent dans les limites autorisées, l’évaluation de leur impact fait l’impasse sur les faibles doses et leur accumulation ; l’enquête sanitaire demandée par la ministre Corinne Lepage à la suite de l’affaire des leucémies de la Hague n’a jamais été mise en place. Et on ne saurait oublier les pollutions des ruisseaux environnants de la Hague comme le Grand bel, le Ru des Landes ou la Sainte Hélène.

Risques pour la santé

L’exposition au tritium « peut représenter un risque lorsque cette substance est ingérée avec l’eau potable ou les aliments, qu’elle est inhalée ou absorbée par la peau » (source : Organisme de réglementation nucléaire du Canadahttps://publications.gc.ca/collections/collection_2010/ccsn-cnsc/CC172-52-2009-fra.pdf) Selon lASN (Autorité de Sécurité Nucléaire) , dans son « livre blanc sur le tritium & bilan des rejets de tritium pour les INB »,  le tritium représente un risque sous estimé : voir le chapitre consacré à ce problème en page 268 du document A la question « pourquoi est-ce dangereux ? » posé à Régine Castanier , responsable Réglementation et radioprotection au sein de la Criirad , sa réponse est claire :
« Comme les autres produits radioactifs, le tritium a des propriétés cancérigènes et mutagènes. Ces effets sont des effets sans seuil : le risque diminue quand la dose de rayonnement diminue mais il n’y a pas de seuil d’innocuité. Dans ce cas, les autorités fixent un niveau de risque qu’elles jugent acceptable. Pour les polluants cancérigènes chimiques, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère tolérable un cancer en excès pour 100.000 personnes consommant, chaque jour, pendant 70 ans, 2 litres d’eau contaminée au niveau de la valeur guide qu’elle préconise. Le problème c’est que le niveau de risque qu’elle tolère pour les produits radioactifs est beaucoup plus élevé : consommer toute sa vie, 2 litres d’eau contenant 10.000 Bq de tritium par litre ne conduit pas à 1 cancer en excès pour 100.000 personnes, mais à 1 cancer en excès pour moins de 500 personnes! C’est incompréhensible et inacceptable !. Pour mettre à niveau la protection contre les polluants radioactifs, il faudrait abaisser la limite de 10.000 Bq/L à moins de 50 Bq/L. De plus, si l’on tient compte de l’exposition in utero, de la vulnérabilité des enfants, des zones d’ombre dans les contrôles, de la réévaluation des effets biologiques du tritium, la limite sanitaire pour des contaminations sur la vie ne devrait pas dépasser 10 Bq/ L. Dans son courrier aux autorités, la Criirad a demandé l’abandon immédiat de toute référence à la valeur-guide de 10.000 Bq /L. »

Du tritium dans l’eau potable, plus de 6 millions de français sont concernés

Un dossier très complet à lire sur le site de l’ACCRO (source : ACCRO – Association pour le contrôle de la Radioactivité dans l’ouest) : https://www.acro.eu.org
  • plus de 268 communes sont concernées par la présence de tritium (l’hydrogène radioactif rejeté par les installations nucléaires) dans l’eau potable en France métropolitaine,
  • 6,4 millions de personnes sont alimentées par une eau contaminée au tritium,
  • Le Long de la Seine : 122 communes d’Ile de de France sont concernées par la contamination en tritium au robinet. Cela représente une population de 4 millions de personnes.
– Tritium dans l’eau potable : carte des communes concernées (entre 2016 et 2017, source : ministère de la santé) La carte fait apparaître plusieurs zones avec une présence régulière de tritium dans l’eau du robinet :
  • Le long de la Seine, de la centrale nucléaire de Nogent sur Seine à l’Ile de France, à cause des rejets radioactifs ;
  • Le long de la Vienne et de la Loire à cause des rejets radioactifs des installations nucléaires d’EDF (Belleville, Dampierre, St-Laurent, Chinon et Civaux) ;
  • Autour du centre du CEA de Valduc où le tritium est produit pour l’armement nucléaire ;
  • Autour du centre CEA de Saclay où il doit s’agir d’une pollution rémanente.

Liens et sources

Pétition de la Criirad

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